Jeudi dernier, la Société d’Histoire de Saint-Emilion avait invité Mme Anne de Mathan, jeune universitaire bretonne, engagée dans une recherche historique en « réhabilitation » des députés Girondins à la Convention de 1792/1793 .Le public à nouveau nombreux remplissait l’agréable Salle gothique, mise à notre disposition par la Municipalité.

Il fut rappelé que le vocable Girondin ne s’applique pas à l’origine géographique de ces hommes mais à leur étiquette politique, vocable découlant de la brillante personnalité de l’un d’eux Pierre Vergniaud surnommé " l’Aigle de la Gironde ", étant élu de ce département. Pour autant ce groupe de quelques 140 parlementaires élus dans toute la France (sur 749 siégeant à la Convention), ne constitue pas un parti avec encartement et ligne politique commune bien affirmée, si ce n’est leur attachement à la République représentative et leur opposition à la Monarchie.

Ils appartiennent à la bourgeoisie et ne se distinguent pas sociologiquement de l‘autre groupe majeur de cette assemblée : les Montagnards, leurs adversaires. Parmi eux on peut citer le journaliste Brissot ; le philosophe Condorcet et l ‘enfant de Saint- Emilion Marguerite Elie Guadet, fils du Maire de cette ville et brillant avocat au Barreau de Bordeaux. C’est un grand orateur et il fut un des acteurs de premier plan de la Convention.

Ces Girondins ont un profil politique de républicains précoces (projet de constitution de Condorcet proposé dès 1786), de libéraux dans l’économie, le commerce et les mœurs (loi de 1792 sur le divorce), mais sans écarter l’intervention étatique en défendant une fiscalité progressive et les droits de succession. Antiesclavagistes avec la fondation de la Société des amis des noirs par Brissot, leur pensée posthume, aboutira à l ‘abolition de l‘esclavage en février 1794. De même ils militent pour les droits des femmes, citoyenneté et éligibilité, mais sans succès.

Les positions des Montagnards sont divergentes, en particulier sur la conception de la souveraineté du peuple. Pour les Girondins, au travers du suffrage universel, elle appartient strictement à ses représentants élus. La Montagne accepte et s’appuie sur un contrôle direct du peuple exprimé par la commune insurrectionnelle des sans culottes parisiens, qui exerce une pression physique sur l’assemblée pour faire aboutir ses exigences. La rue impose ainsi la condamnation des Girondins le 2 juin 1793, sous la menace de ses canons.

Dans leur lutte contre les Montagnards les Girondins tentent de s’appuyer sur la Province non sans écho puisque, au total, 59 départements réagissent à leur arrestation, de la simple protestation écrite à la véritable révolte, tel Lyon qui est contrôlé ensuite par les Royalistes.

Mais le résultat sera contre-productif et renforcera l’accusation de fédéralisme que l’historiographie collera à leur souvenir. Et pourtant leur projet de constitution de1793 ne prévoit pas de décentralisation du pouvoir. Leur fin sera tragique après condamnation en octobre 1793, pour conspiration contre la République, jusque dans la ville et sous les murs de Saint-Emilion : arrestation de Guadet et Salle, suicide de Pétion et Buzot.

Mais aujourd’hui une autre histoire se construit grâce à notre conférencière, pour restituer la vérité sur ces républicains attachés à l’unité de la Nation, thème d’une actualité brulante.

Prochaine conférence : 12 Mars 2015 " De la ville des Chanoines à celle des Jurats, Saint-Emilion au Moyen Âge " par Frédéric Boutoulle, Professeur d’histoire Université de Bordeaux Montaigne.

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