Rixes, simonie, rançons et miracle. Le conflit entre les moines de Nanteuil-en-Vallée et les chanoines de Saint-Émilion from S.h.a. de Saint-Emilion on Vimeo.

En s’appuyant sur quatre textes de cette époque (1079 à 1121), remis et commentés aux auditeurs, le conférencier a mis en scène les événements importants, rocambolesques et parfois violents qui ont conduit à la mise en place de la communauté religieuse des chanoines de Saint-Emilion, dont le souvenir est bien présent dans le paysage par les monuments qu’elle a fait édifier : l’église dite « monolithe » puis l’église collégiale et son cloitre.

Sous ce conflit entre deux communautés pour contrôler le monastère, abritant les reliques de saint Emilion, et pourvu de confortables revenus venant de six églises avoisinantes, se dessinent les conséquences du mouvement de réforme initié par le pape Grégoire VII en cette fin de XI e siècle : il s’agissait de retirer les investitures des religieux des mains des politiques (seigneurs, ducs, rois) qui les monnayaient et de séparer le pouvoir religieux du pouvoir temporel souvent confondus depuis l’époque carolingienne.

A Saint-Emilion l’archevêque de Bordeaux cherche d’abord à établir une règle de vie plus stricte pour les religieux, notamment à faire cesser le concubinage de l’un d’entre eux (pratique courante avant la réforme) et à reprendre la possession des lieux saints au seigneur, le vicomte de Castillon. Très remarquable : les études archéologiques récentes éclairent les textes en révélant les traces d’une structure castrale, motte féodale et quartier urbain, centrée sur la place de la Monolithe et associée à ce sanctuaire primitif, urbanisme caractéristique d’une initiative seigneuriale.

L’épisode suivant est le plus agité avec le départ des chanoines chassés avec violences par les bénédictins de Nanteuil-en-Vallée, complices du Vicomte, emportant les reliques de saint Emilion à Fronsac, puis le rétablissement dans leur droits par l’autorité religieuse, saisie par une lettre au pape Urbain II.

Finalement les choses se stabiliseront une vingtaine d’années plus tard (vers 1120) lorsque l’archevêque de Bordeaux instaurera la règle de saint Augustin pour les chanoines de Saint-Emilion, l’emprise du vicomte étant alors levée.